3 novembre 2017

L'emballement

Apollinaire Gingras, L’emballement. Poème antiimpérialiste, Restons Canadiens, s. l., Chez l’auteur, 1920, 23 pages.


C’est une charge assez féroce que l’abbé Apollinaire Gingras lance contre l’impérialisme anglais. Son brûlot, qui ne contient que 12 poèmes, attaque tous ceux qui voudraient que les Canadiens soient obligés de faire la guerre par loyauté pour l’Angleterre.

Le premier poème, « Apologue colonial », est narratif : un père, pour ne pas morceler son bien, a déshérité son fils cadet qu'il n'apprécie guère. Ce dernier déménage avec sa femme sur une terre neuve et, à force de travail, réussit à se créer une place enviable. Et ne voilà-t-il pas que le père, à la suite d’un procès avec le voisin, procès inutile, vient quêter son cadet. Celui-ci, bien entendu, refuse poliment sa demande. Gingras en tire ceci comme morale : une colonie n’a pas à voler au secours de la mère-patrie, surtout quand le but de toutes ses guerres est plus que douteux :

« Des guerres de l'empire accepter le partage ?
Vraiment, nous serions pris dans un bel engrenage !
Il l’est toujours, en guerre, et c'est en égorgeant
Qu'il peint le globe en rouge et se gorge d'argent.
Ce contrôle des mers, ces continents, ces îles,
Qu'il les garde à ses frais, et nous laisse tranquilles.
Jeune peuple exilé dans ces vierges forêts,
C'est la paix qu'il nous faut : la vie et le progrès ! »

Apollinaire Gingras (1847-1935)
Les quelques autres poèmes du recueil vont répéter à peu près le même message, à ceci près : Gingras s’immisce dans la vie politique, fait référence aux partis et nomme certains politiciens pour les encenser ou les dénoncer. Ainsi sur Henri Bourassa : « Mitrailler Bourassa d'un prudent persiflage. / Mon poème en serait fadement encombré ; / Ce fretin ne vaut pas l'honneur d'être poivré. » Il me semble que ses « héros » constituent un drôle d’amalgame : « Revenez, MacDonald, Papineau, Lafontaine, / Morin, Blake, Baldwin, Mackenzie et Cartier. / Vous qui plaidiez nos droits sans merci, sans quartier. »

Le petit recueil se termine par quelques poèmes qui célèbrent le pays et par un appel à la liberté.

Sainte patrie, auguste reine
Sois dès ce jour ma souveraine;
À toi nos refrains immortels.
Terre d'honneur, jamais flétrie,
Ô Canada, sois ma patrie :
Gardons tes foyers, tes autels !

Esclave à demi d'un empire
N'est pas l'idéal où j'aspire :
Je veux être un jour citoyen.
Ô Canada, terre bénie,
À toi mon cœur, à toi ma vie :
Je veux être en tout canadien !

Je veux, fidèle à ton histoire,
Revivre tes beaux jours de gloire,
Tes jours d'honneur et de fierté.
Pays d'amour et d'espérance,
Je veux revivre ta vaillance
En montant vers la liberté.

Liberté dans mon culte et dans mes lois civiles.
Liberté d'être heureux dans mes champs, dans mes villes.
Liberté de fleurir au soleil du progrès.

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