10 novembre 2017

Les ferments

Jules Tremblay, Les ferments, Ottawa, Imprimerie Beauregard, 1917, 78 pages (Illustration de Jobson Paradis).

Ce recueil contient 11 poèmes de formes irrégulières. Il appartient au courant du terroir. Le mérite de Tremblay, c’est de maintenir une certaine hauteur d’inspiration, d’éviter de célébrer l’heure des vaches.
  
Strophes liminaires 
S’attacher à la terre, c’est une manière de rendre hommage aux ancêtres : « J’ai pris racine au sol qu’ont découvert les nôtres ; / Et dans chaque sillon, puisant leur souvenir / Comme un or épuré que rien ne peut ternir, / J’écoute dans mon cœur chanter leur voix d’apôtres. »

Laudes 
Le chant de la nature est un hymne à Dieu. « Il n’est pas dans les bois une oraison qui mente, / Et l’âme peut monter, dans cette ascension, / Où l’aube rajeunie entre en procession ; / Car toutes les beautés se fondent en prière ».

Aubade bocagère 
Poème bucolique dans lequel le poète célèbre le chant de la forêt.

Réveil des champs  
Tremblay oppose le monde vivifiant de la campagne au monde dénaturé de la ville.

L’Œuvre 
Il glorifie les faucheurs. « Le neuf est aujourd’hui l’âme des vieilles choses ».

Choral des blés  
« Le pain est bon qu’on mange après l’avoir gagné / Sur le terrain qu’on a pour soi-même imprégné ».

Rapsodie 
Le plus long poème du recueil. Tremblay commence par un hommage au blé, à qui il donne la parole. La suite du poème est ancrée dans la réalité de 1917 : le blé symbolise les Canadiens  français au combat. «  Ils culbuteront l’Allemand / Dans la tranchée ou dans la plaine, / Et vaincront sans reprendre haleine ». Le poème nous emmène ensuite en Ontario où le français est menacé : « L’Europe n’est pas seule où la Justice pleure. / … / Et jusque dans mes bois, un gendarme brutal / Veut me faire oublier le doux parler des mères ».

Nocturne
On est en plein au cœur  de l’idéologie de conservation : « La vision qui point à travers les moyettes / Brode un sourire d’ange aux blancheurs des layettes, / Et transforme les blés en berceaux vagissants ».

L’amour du sol 
Le poète se lance dans une défense de la vie campagnarde en opposition à la vie urbaine : « Vos livres, vos palais, vos temples, vos musées, / Vos théâtres, remplis de foules amusées /… / Tout cela ne vaut pas une tige qui sort / À travers le sol dur qu’elle bombe et qu’elle ouvre. »

Le cri du nourricier 
Ce poème est une charge contre les «  villes tuberculeuses » et le monde industriel : « Vous nous assassinez des campagnes entières, / Pour peupler sans repos l’usine-cimetière. » Ou encore : « Il ne faut pas, jamais, que notre tâche hésite, / Même si nous faisons vivre vos parasites. / Le chômage du soc est un arrêt de mort, / Car vos progrès géants viennent de notre effort. »

Demain
La conclusion était prévisible, la régénération cette civilisation perdue ne peut venir que du sol : « Car c’est du sol que surgira le droit de vivre, / En donnant à chacun sa page du grand-livre, / Et le soc prévaudra contre l’accapareur / En rayant d’un sillon les siècles de terreur. »

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