6 avril 2018

Terres prochaines

Guy Fournier, Terres prochaines, Montréal, Éd. D’Orphée, 1958, s.p. [environ 40 p.] (Frontispice sur deux pages de Charles Daudelin)

Le livre de Guy Fournier, un compte d’auteur réalisé par André Goulet, est une belle réalisation : papier de qualité, mise en page soignée et surtout le frontispice de Charles Daudelin qui vaut à lui seul le prix du livre.

Les titres qui coiffent chacune des quatre parties du recueil annoncent le projet de Fournier : La douleur d’être (4 poèmes), Les assassins (18 poèmes), Voici poindre le temps (8 poèmes) et Les matins neufs (5 poèmes). Du malaise, à l’accusation, à l’espoir et au renouveau.   

La douleur d’être
« Je m’enlisais dans la vase des jours / Et la puanteur me seyait ». Fournier ne perd pas de temps. Dès le départ, le ton et la manière sont là : un sentiment d’impuissance, d’enlisement  et une certaine enflure verbale. Tout y passe, « les mères… asphyxiantes », les « pères scorpions », les « curés déifiés », les « riches ». En quelque sorte, une révolte d’adolescent : « Je cuisinerai des ouragans / En guise d’éloge funèbre / Pour ceux qui ont brisé ma vie ».

Les assassins
Les « assassins » ont déjà en partie été nommés dans la partie précédenteFournier ne fait que reprendre — et approfondir un peu tout de même — ce qui a déjà été dit : « Le veau d’or réapparaît sans cesse / Il scintille poli / Par les lèvres qui baisent / Son cul d’argent ». Fournier vient d’agrandir le cercle des « assassins ». Et peut-être encore plus dans ce passage : « Étrange pays / Où personne n’a de droit / Que celui de victime // Tête haute / L’assassin se promène / En costume de ville ».

Voici poindre le temps
« Voici poindre le temps / Des comptes à régler / Des gueules à briser / Des blessés à finir ». La partie se termine ainsi : « Je n’ai pas d’autre choix / Que celui du courage ».

Les matins neufs
Ces « matins neufs » semblent encore loin tout de même. « Il n’ a pas de solutions / Aux problèmes absurdes ». Ce n’est que dans les deux derniers poèmes qu’on sent un certain apaisement, le poète se délestant de sa colère : « Le froid qui mordait ta peau / A maintenant la chaleur / Des paumes de femme ». Ou encore : « La vie vie éclate partout / Dans des airs de flûte ». 


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